Comprendre les codes pédocriminels sur les réseaux sociaux
- Admin

- 4 janv.
- 5 min de lecture

Décrypter l’invisible pour mieux protéger
Sur les réseaux sociaux, tout semble aller vite, tout semble léger. Des photos, des vidéos, des émojis, des phrases courtes, parfois maladroites, parfois absurdes. Pour la majorité des utilisateurs, ces signes sont anodins. Ils relèvent du jeu, de l’humour, de la provocation ou de la mode. Pourtant, derrière cette apparente banalité, se dissimule parfois une réalité beaucoup plus sombre. Certaines communautés criminelles, et en particulier les réseaux pédocriminels, ont appris à détourner ces codes du quotidien pour communiquer entre eux, se reconnaître, recruter, orienter et dissimuler leurs activités.
Cet article, publié par la Web Abuse Association Defense (WAAD), a un objectif clair : sensibiliser le grand public, les parents et les mineurs à l’existence de ces codes, à leur évolution permanente et aux dangers bien réels qu’ils recouvrent. Plus ces mécanismes sont compris, plus ils perdent leur efficacité. Et plus ils sont signalés, plus ils peuvent être démantelés.
Pourquoi des codes ? La logique de la dissimulation
Les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou X reposent sur des systèmes de modération automatisée. Certains mots-clés sont détectés, filtrés, parfois supprimés en quelques secondes. Les pédocriminels le savent parfaitement. Ils ont donc développé, au fil des années, une grammaire parallèle : un langage codé, mouvant, volontairement ambigu, destiné à passer sous les radars algorithmiques tout en restant compréhensible pour les initiés.
Ce langage n’est pas figé. Dès qu’un symbole devient trop visible, trop médiatisé, il est abandonné au profit d’un autre. Cette plasticité est précisément ce qui rend la lutte complexe. Mais elle rend aussi la vigilance collective essentielle.
Du mot “CP” aux métaphores alimentaires
Pendant longtemps, l’abréviation CP, pour Child Porn, a été largement utilisée. Simple, directe, efficace pour ceux qui savent. Mais justement parce qu’elle est explicite, elle est aujourd’hui très rapidement repérée et modérée par les plateformes. Les comptes qui l’emploient ouvertement sont souvent supprimés presque immédiatement.
Pour contourner cette surveillance, les réseaux pédocriminels ont alors glissé vers des formes plus indirectes, plus sournoises. L’une des plus connues, et des plus documentées, repose sur une métaphore alimentaire : la pizza.
En anglais, cheese pizza signifie pizza au fromage. Les initiales de ces deux mots — C et P — correspondent exactement à celles de child porn. À partir de là, tout un imaginaire s’est construit. L’émoji 🍕, des phrases apparemment innocentes comme « j’aime la pizza », « pizza lover », « cheese only », « pizza time », ou encore des références répétées au fromage deviennent, dans certains contextes précis, des marqueurs de reconnaissance.
Pris isolément, ces éléments n’ont rien d’illégal.. Mais lorsqu’ils apparaissent de manière insistante dans des pseudonymes, des biographies, des commentaires associés à des images de mineurs, parfois sexualisées sans être explicitement illégales, ils prennent une toute autre signification.
Quand les symboles parlent entre eux
La pizza n’est pas le seul symbole utilisé. Des enquêtes et des rapports, notamment issus de travaux américains relayés par des associations de protection de l’enfance, ont mis en lumière l’existence d’autres signes graphiques ou chromatiques. Des formes géométriques, des cœurs de certaines couleurs, des combinaisons spécifiques de symboles peuvent servir à exprimer des préférences ou des intentions, toujours de manière indirecte.
Il est important de souligner un point essentiel : un symbole n’est jamais une preuve en soi. Ce n’est pas l’émoji qui est criminel, mais l’usage qui en est fait, le contexte, la répétition, l’environnement du compte. La vigilance ne doit jamais se transformer en chasse aux sorcières. Elle doit rester rationnelle, documentée et responsable.
L’illusion de la “zone grise”
Une autre stratégie fréquemment observée consiste à rester volontairement dans une zone juridiquement floue. Images de mineurs habillés, poses suggestives sans nudité, discours ambigus, commentaires équivoques. Tout est fait pour ne pas franchir explicitement la ligne pénale, tout en attirant un public qui, lui, sait parfaitement ce qu’il cherche.
Cette zone grise est dangereuse, car elle banalise progressivement l’inacceptable. Elle désensibilise. Elle crée une forme d’habituation. Et elle prépare, parfois, des passages à l’acte plus graves.
Les hashtags et l’auto-désignation
À certaines périodes, d’autres codes ont émergé, notamment sous forme de hashtags. Des termes comme MAP pour Minor Attracted Person ont été utilisés par des individus cherchant à normaliser leur attirance pour les mineurs, à la présenter comme une orientation plutôt que comme un crime. Là encore, ces tentatives ont suscité une réaction forte des plateformes et des autorités, entraînant leur disparition progressive… avant leur remplacement par d’autres expressions.
Ce jeu permanent du chat et de la souris montre une chose : la connaissance publique est une arme. Lorsqu’un code est exposé, expliqué, documenté, il perd sa valeur clandestine.
Le rôle crucial des signalements
En France, les contenus illicites peuvent être signalés via la plateforme Pharos, qui centralise les alertes liées aux infractions numériques graves. Les forces de l’ordre rappellent régulièrement que signaler n’est pas dénoncer à l’aveugle, mais participer à la protection collective.
Acheter, posséder, diffuser ou même consulter des contenus pédopornographiques constitue une infraction pénale grave. Les sanctions encourues sont lourdes. Mais au-delà de l’aspect répressif, le signalement permet parfois d’identifier des victimes, de les extraire de situations de danger et de remonter des réseaux entiers.
Sensibiliser pour protéger
Pour les parents, comprendre ces codes, c’est mieux accompagner leurs enfants dans leur usage des réseaux sociaux. Pour les adolescents, c’est apprendre à reconnaître des comportements anormaux, à ne pas banaliser certains messages, à oser parler lorsqu’un malaise apparaît. Pour les citoyens, c’est refuser l’indifférence.
Les pédocriminels comptent sur le silence, sur la confusion, sur l’ignorance. Chaque fois qu’un symbole est décodé, chaque fois qu’un compte est signalé, cet anonymat se fissure un peu plus.
Une vigilance collective et évolutive
Il n’existe pas de liste définitive, pas de dictionnaire figé des codes pédocriminels. Et c’est précisément pour cela que la vigilance doit être continue. Les codes changent, mais la logique reste la même : détourner l’innocent, masquer l’illégal, tester les limites.
À la WAAD, nous refusons la résignation. Informer, expliquer, sensibiliser, ce n’est pas céder à la peur, c’est redonner du pouvoir aux utilisateurs. La protection des mineurs n’est pas qu’une affaire de police ou de justice. C’est une responsabilité collective.
Comprendre ces mécanismes, c’est déjà commencer à les neutraliser.

Annexe juridique – L’essentiel à savoir (France)
En France, la pédocriminalité en ligne est un crime grave strictement réprimé par le Code pénal.
👉 Sont illégaux et punissables :
la détention, la consultation, le partage ou la diffusion de contenus pédopornographiques,
le fait de rechercher, demander ou acheter ce type de contenus,
l’utilisation d’Internet ou des réseaux sociaux pour ces actes.
⛔ Il n’existe pas de “zone grise” légale : des images de mineurs sexualisées, même sans nudité explicite, peuvent constituer une infraction selon le contexte et l’intention.
⚖️ Les peines encourues peuvent aller jusqu’à 7 ans de prison et 100 000 € d’amende, davantage en cas de circonstances aggravantes.
📣 Tout citoyen peut et doit signaler les contenus ou comportements suspects via la plateforme officielle Pharos.
➡️ Signaler n’est pas accuser : c’est permettre aux autorités compétentes de protéger les victimes et d’agir.




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