Faux courriers des autorités et accusations liées à la pornographie
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- il y a 2 jours
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Quand l’arnaque devient une arme psychologique
Par la WAAD – Web Abuse Association Defense
Chaque début d’année apporte son lot d’alertes en cybersécurité. Comme nous l’expliquions dans notre précédent article, les campagnes de phishing s’intensifient et se renouvellent sans cesse. Mais depuis plusieurs mois, une pratique en particulier explose — et ses conséquences sont bien plus graves qu’on ne l’imagine.
De faux courriers prétendument émis par des autorités françaises — police, gendarmerie, ministère, parfois même Europol — accusent leurs destinataires d’infractions liées à la consultation de sites pornographiques, parfois avec des termes encore plus lourds : pédocriminalité, contenus illicites, réseaux criminels.
À première vue, cela peut faire sourire.À tort.
👉 Des personnes se sont déjà suicidées après avoir reçu ce type de message.Pas parce qu’elles étaient coupables.Mais précisément parce qu’elles ne l’étaient pas.
Escroquerie aux fausses convocations judiciaires en France
Une vaste affaire d’escroquerie en France consistait à envoyer des faux mails de la police ou de la justice accusant des personnes de pédopornographie, avec menace de poursuites si elles ne payaient pas une “amende”. Dans ce cadre :
19 personnes ont été interpellées en France et en Belgique pour cette escroquerie qui a rapporté au moins 3,5 millions d’euros aux escrocs. ladepeche.fr
Près de 150 000 signalements ont été enregistrés via Pharos, et plus de 300 dépôts de plainte ont été faits.
Six enquêtes ont été ouvertes après des suicides “potentiellement en lien” avec cette escroquerie, selon la gendarmerie. Dans l’un des cas, une victime qui avait déjà payé plusieurs milliers d’euros s’est donné la mort après une double extorsion financière. gendarmerie.interieur.gouv.fr
👉 Cette affaire illustre que des campagnes de phishing qui usurpent des identités officielles et exploitent la honte ou la peur peuvent provoquer des drames humains graves, y compris des suicides.

Une idée reçue dangereuse : « Je n’ai rien à me reprocher »
La réaction la plus courante face à ces mails frauduleux est la suivante :
« Je n’ai rien fait, donc je ne risque rien. »
Ou encore :
« Seules les personnes qui ont quelque chose à se reprocher peuvent être touchées. »
Cette logique est fausse — et dangereuse.
Elle ignore totalement le biais psychologique central exploité par les escrocs :👉 la fausse accusation, vécue comme une exposition publique imminente.
Le mécanisme psychologique réel : la fausse accusation et la honte anticipée
Ces emails ne fonctionnent pas sur la culpabilité réelle.Ils fonctionnent sur la peur d’être accusé.
Pour une personne intègre, respectueuse de la loi, parfois très attachée à son image, à sa famille, à son travail, recevoir une accusation aussi grave agit comme un choc traumatique.
Le cerveau ne traite pas ce message comme un simple email.Il l’enregistre comme:
une atteinte à la réputation,
une menace d’exposition sociale,
une injustice profonde,
parfois même une diffamation imminente.
C’est exactement le même mécanisme que dans le doxxing, la diffamation en ligne ou les campagnes de harcèlement numérique.
La personne imagine instantanément :
ses proches informés,
son employeur alerté,
son nom associé à des faits ignobles,
sa vie détruite, même si elle est innocente.
👉 La peur ne vient pas de la sanction, mais du regard des autres.
Pourquoi les personnes les plus droites sont parfois les plus touchées
C’est un paradoxe cruel.
Les victimes les plus vulnérables à ce type d’arnaque sont souvent :
des personnes droites,
respectueuses des règles,
peu familières des mécanismes judiciaires,
parfois isolées ou fragilisées psychologiquement.
Face à une accusation aussi grave, certaines personnes :
n’osent en parler à personne,
ressentent une honte immédiate et injustifiée,
paniquent,
perdent tout repère rationnel.
Dans plusieurs affaires documentées en France par la presse et des associations de victimes, des personnes ont mis fin à leurs jours après avoir reçu de tels messages, persuadées que leur vie était finie — alors même qu’il s’agissait d’une escroquerie grossière.
Ces drames ne sont jamais dus à la culpabilité, mais à l’effondrement psychologique provoqué par la fausse accusation.
Comment reconnaître ces faux emails d’autorités

1. La police n’envoie JAMAIS ce type d’email
C’est une règle absolue.
Ni la Police nationaleNi la Gendarmerie nationaleNi un procureur, ni un juge, ni un ministère ne contactent un suspect par email pour ce type de faits.
➡️ Jamais.
2. Aucune procédure pénale ne se règle par une « amende en ligne »
Autre point fondamental :
Les infractions liées à des contenus sexuels illicites sont des crimes ou délits pénaux.
Elles impliquent :
une enquête,
une convocation officielle,
parfois une perquisition,
une procédure judiciaire,
un jugement,
des peines pouvant inclure prison et obligations de soins.
👉 Jamais une simple amende à payer sur Internet.👉 Jamais un lien de paiement.
Si un email vous demande de « régulariser la situation » en payant :➡️ c’est une arnaque à 100 %.
3. Les détails techniques trahissent l’escroquerie
Ces emails contiennent presque toujours :
une adresse d’expéditeur douteuse,
des fautes d’orthographe ou de syntaxe,
un ton excessivement alarmiste,
des logos copiés-collés,
des références juridiques approximatives ou inventées.
L’objectif n’est pas d’être crédible juridiquement,mais de provoquer une panique immédiate.
Pourquoi ces arnaques sont particulièrement violentes
Contrairement à d’autres escroqueries financières, celles-ci :
touchent à l’identité morale de la personne,
exploitent la honte sociale,
isolent psychologiquement la victime,
empêchent souvent toute demande d’aide.
Certaines victimes nous disent :
« Je savais que je n’avais rien fait… mais j’avais l’impression que tout le monde allait le croire. »
C’est précisément là que réside le danger.
Comment se protéger — psychologiquement et concrètement
1. Un email reste un email
Aussi violent soit-il, un email :
n’a aucune valeur légale,
ne constitue pas une procédure,
ne déclenche rien en soi.
Ne réagissez pas dans la panique.
2. Ne payez jamais, ne répondez jamais
Ne cliquez sur aucun lien
Ne répondez pas
Ne fournissez aucune information
Signalez le message comme spam et conservez-le uniquement à titre de preuve.
3. Parlez-en immédiatement
C’est le point le plus important.
👉 Ne restez jamais seul face à ce type de message.
Parlez-en à :
un proche,
un ami,
un collègue,
une association d’aide aux victimes,
ou à des professionnels.
La parole désamorce la peur.
Le rôle de la WAAD
À la WAAD, nous accompagnons des victimes :
de phishing,
de sextorsion,
de fausses accusations,
de campagnes de diffamation numérique.
Nous le répétons avec force :
Aucune autorité ne vous demandera jamais de vous justifier ou de payer par email.Aucune accusation n’est valable sans procédure judiciaire réelle.
Ces arnaques ne sont pas « ridicules ».Elles sont dangereuses, violentes, et parfois mortelles.
Leur pouvoir repose sur :
le silence,
la honte,
l’isolement.
👉 En parler, informer, expliquer — c’est déjà protéger.
Si cet article peut empêcher ne serait-ce qu’une personne de sombrer dans la peur ou le désespoir, alors il aura rempli sa mission.

Annexe juridique – Le phishing en droit français
Cette annexe a pour objectif de poser un cadre juridique clair, accessible et rassurant, afin de comprendre ce que dit réellement le droit français sur le phishing, et surtout ce qu’il ne dit pas — contrairement à ce que prétendent les emails frauduleux.
1. Définition juridique du phishing
Le phishing (ou hameçonnage) désigne une technique frauduleuse consistant à :
usurper l’identité d’une autorité, d’une institution ou d’un service légitime,
afin de tromper une personne,
pour lui soutirer de l’argent, des données personnelles ou des informations sensibles.
En droit français, le phishing n’est pas une zone grise :👉 il est clairement illégal et pénalement sanctionné.
2. Les infractions pénales applicables
Le phishing est réprimé par plusieurs infractions du Code pénal, qui peuvent se cumuler.
2.1 L’escroquerie (article 313-1 du Code pénal)
« L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque. »
📌 Application directe au phishing :
faux policier,
faux magistrat,
faux ministère,
fausse autorité judiciaire.
➡️ Peine encourue :5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende(peines aggravées en cas de bande organisée).
2.2 L’usurpation d’identité (article 226-4-1 du Code pénal)
Le fait d’usurper l’identité d’une autorité publique ou d’un tiers pour troubler la tranquillité d’autrui est une infraction autonome.
➡️ Peine encourue :1 an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende
Les faux emails se présentant comme la police ou la justice entrent pleinement dans ce cadre.
2.3 L’atteinte à un système de traitement automatisé de données (STAD)
Lorsque le phishing vise à :
collecter des mots de passe,
détourner des comptes,
accéder frauduleusement à des systèmes,
les articles 323-1 et suivants du Code pénal peuvent également s’appliquer.
➡️ Peines aggravées possibles, notamment en cas d’atteinte massive ou organisée.
3. Ce que le droit français NE FAIT JAMAIS
Cette partie est essentielle pour désamorcer la peur.
❌ Jamais de convocation pénale par email
En droit français :
une enquête pénale passe par des actes matériels,
une convocation est officielle, écrite, signée,
elle arrive par courrier recommandé, ou par intervention physique.
👉 Aucune autorité judiciaire ou policière ne notifie une infraction pénale par email.
❌ Jamais d’amende pénale payable en ligne sur simple email
Les infractions sexuelles ou assimilées :
ne sont jamais réglées par une amende en ligne,
relèvent de procédures judiciaires lourdes,
impliquent magistrats, enquêteurs et décisions de justice.
Un lien de paiement = arnaque systématique.
4. Responsabilité des auteurs de phishing
Les auteurs de phishing s’exposent à :
des poursuites pénales,
des condamnations lourdes,
la confiscation de leurs gains,
des peines aggravées en cas de vulnérabilité de la victime.
Le droit français reconnaît également :
le préjudice moral,
l’atteinte à la réputation,
les conséquences psychologiques graves.
5. Que faire juridiquement en tant que victime ?
5.1 Signaler le phishing
En France, le signalement peut se faire via :
la plateforme PHAROS, gérée par les services de l’État,
ou via les autorités compétentes en cybersécurité comme l’ANSSI.
Même sans dépôt de plainte immédiat, le signalement est utile pour lutter contre ces réseaux.
5.2 Dépôt de plainte (si nécessaire)
Le dépôt de plainte est possible :
en commissariat ou gendarmerie,
ou par courrier au procureur de la République.
📌 Important :👉 Recevoir un email de phishing n’est jamais une infraction.👉 Vous êtes victime, jamais suspect.




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